Ile Maurice Histoire : la période française

NB : Cet article est le troisième de la série Histoire Ile Maurice. Retrouvez les deux premiers articles en cliquant ici et ici.

Vous allez découvrir l’histoire post-hollandaise de l’île Maurice lorsque celle-ci fut réquisitionné par le royaume de France. (Ile Maurice Histoire)

Au début du XVIIIème siècle, les deux plus grandes nations européennes (France et Angleterre) se disputent les mers et la Route des Indes. Les Français, ayant annexé l’île Bourbon (l’actuelle Ile de la Réunion) au Royaume de France depuis 1649, sont très intéressés à l’idée de s’approprier Mauritius et de favoriser son essor malgré son éloignement avec le continent.

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Carte de l’Isle de France

Les Hollandais ayant définitivement abandonnés l’île en raison des catastrophes qu’ils y ont vécu, cela ne dissuada pas Guillaume Dufresne d’Arsel, navigateur représenté par la Compagnie des Indes, de s’emparer de l’île pour affermir l’établissement des Français dans l’Océan Indien. C’est ainsi que le capitaine du Chasseur débarqua sur l’île déserte le 20 septembre 1715 et la rebaptisa Isle de France.

Dans les années qui suivirent, les Français eurent autant de mal que les Hollandais à vivre sur l’île : compte tenu de l’éloignement de la métropole et des aléas climatiques, les débuts de l’Isle de France furent difficiles. Dès 1721, arriva les premiers colons et quelques centaines d’esclaves venant d’Afrique Occidentale Française. L’adaptation du Code Noir, qui réglementait l’esclavage dans les Antilles depuis 1685, aux territoires des Mascareignes favorisa en 1725 l’arrivée de milliers d’esclaves supplémentaires venant principalement de Madagascar et d’Afrique Orientale pour y cultiver le café et les plantes à épices introduits par les Français.

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Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais

Mais ce n’est qu’à partir de l’arrivée de Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais en 1735 que l’Isle de France connue un développement économique important. Le nouveau gouverneur des Mascareignes dirigea la colonie durant 11 ans et fonda la ville de Port-Louis (en l’honneur du roi Louis XV) dans la baie du Nord-Ouest où une colonie de tortues y vivaient encore un siècle auparavant. Le Nord-Ouest de l’île acquiert ainsi une importance stratégique sur la Route des Indes. Un hôpital, des routes, des magasins et des fortifications furent érigés. De vastes terres furent utilisés pour y cultiver le café, le blé, le coton, l’indigo et la canne à sucre. Cette dernière largement exploitée parmi tant d’autres, permit au gouverneur de créer les deux premières sucreries de l’Isle de France : celle de La Villebague (Grande Rosalie) et celle de Port Sud-Est (l’actuel Ferney). En 1755, La Villebague produisit assez de sucre  pour ravitailler les nombreux voiliers de passage et satisfaire les habitants de l’ensemble du territoire des Mascareignes. Ainsi, la population de l’Isle de France passa de près d’un millier en 1735 à plus de 20 000 habitants en 1767 (dont 15 000 esclaves). C’est durant cette période que le créole mauricien apparut de la bouche des esclaves qui étaient victimes de mauvais traitements (le Code Noir n’était jamais suivi à la lettre) de la part des colons français. Durant ce temps de l’esclavage, les Noirs parvenaient à s’enfuir, mais étaient traqués, et durement châtiés quand ils furent retrouvés (soit au fer rouge, soit au fouet). Certains esclaves arrivaient à survivre en formant des communautés clandestines dans les régions reculées de l’île, telles que les hauteurs du Morne Brabant.

En 1764, le Royaume de France rachète l’Isle de France à la Compagnie des Indes. Ainsi, le Louis XV espère pouvoir dominer l’Angleterre sur mer, effacer ses échecs aux Indes et asseoir sa position aux Seychelles, en sa possession depuis 1756. Grâce à Pierre Poivre, désigné intendant général de l’archipel des Mascareignes en 1767, l’Isle de France devint une colonie prospère, organisée et enviée par les Anglais. Poivre introduisit en 1768 la première imprimerie de l’Isle de France à Port-Louis, et créa le Jardin de Pamplemousses à partir des nombreuses espèces végétales et d’épices qu’il découvrit lors de sa carrière de botaniste avant de s’occuper de l’île. C’est d’ailleurs à lui que l’on doit les premières lois sur la protection de la nature à l’île Maurice. Pierre Poivre assainit également le climat moral et social du territoire en améliorant le sort des esclaves dans tout l’archipel.

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Pierre Poivre, intendant général des Mascareignes

Malgré l’éloignement de la métropole, la Révolution Française touche l’archipel des Mascareignes et les colons se voient libéré de la tutelle royale. Mais l’esprit des Lumières trouve ses limites puisque l’abolition de l’esclavage décrété le 4 février 1794 (le 4 février est un jour férié à l’île Maurice), se heurte à l’opposition des colons planteurs. L’Assemblée Coloniale de l’Isle de France se prononça donc contre ce décret et réclama sa suppression pure et simple. Les colons n’obtinrent qu’un sursis et décidèrent de ne pas appliquer le décret d’abolition. Napoléon Bonaparte prit le pouvoir en 1802 et répondirent à leurs attentes en rétablissant l’esclavage et en envoyant un nouveau gouverneur, le général Decaen, aux Mascareignes pour imposer le nouveau régime politique. Les colonies furent gérés par les administrateurs de l’empire désigné par Napoléon Ier.

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Écriteau expliquant la bataille de Grand Port

Mais les rivalités franco-anglaises s’accentuèrent pendant les guerres napoléoniennes où l’archipel des Mascareignes devint le rendez-vous des corsaires français qui organisaient des attaques stratégiques contre les navires commerciaux britanniques. Comme les colonies françaises s’étendaient des Seychelles jusqu’à l’archipel des Mascareignes, cela affectaient sensiblement le commerce anglais. L’Isle de France étant devenue l’île convoitée par les Anglais depuis l’essor de la période La Bourdonnais, le Royaume-Uni s’attaqua donc aux Français en commençant par conquérir l’île Rodrigues avant de prendre d’assaut l’Isle de France en juillet 1810.

Ainsi eu lieu la plus grande bataille navale française de l’Empire napoléonienne dans la baie de Grand-Port, dont la France sortit vainqueur (exploit gravé sur l’Arc de Triomphe à Paris). Mais en décembre 1810, 10 000 soldats anglais venant de l’île Rodrigues débarquèrent à Cap Malheureux et prirent d’assaut l’Isle de France largement inférieur en nombre de soldats. Le général Decaen, dernier gouverneur français de l’Isle de France, dut capituler au nom de la France. Selon les clauses du traité de Paris de 1814, les Français perdirent définitivement les Seychelles et l’archipel des Mascareignes hormis la seule île Bourbon qui fut rétrocédé à la France. Les Britanniques acceptèrent que les colons français qui le désiraient restent sur l’Isle de France qui fut rebaptisé définitivement jusqu’à nos jours l’île Maurice ou Mauritius Island pour les anglophones.

Malgré l’annexion de la colonie au Royaume-Uni qui abolit définitivement l’esclavage, la langue française subsista. Et après seulement deux générations, la langue véhiculée par les anciens esclaves africains et malgaches et des Français était devenue la langue maternelle des descendants d’esclaves de l’île Maurice : le créole mauricien.

4 commentaires

  1. Mes arriere arrieres grand parents possedaient le domaine de la solitude, ils qitterent l’ile en 1814 pour ne pas etre anglais. La propriete n’a jamais ete vendue car mes parents pensaient revenir, ils moururent avant de realiser leur reves. Ils paticiperent a la creation de jardin botanique et leur nom figure sur la pyramide en face de la maison du gouverneur ROBERT.

    1. Bonjour Maiilet,
      Pourriez-vous me dire si Maillet Joseph Louis (qui vivait à Maurice vers 1795) fait partie de vos ancêtres?
      Je vous remercie bien vivement pour votre réponse
      Sincères salutations.
      Un créole de l’île de La Réunion qui recherche des informations sur la vie de ses ancêtres à l’Ile de France.

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